Un soupçon de hard, sur un regret de punkitude

 

Le discours des New-Yorkais ne change pas. Pas une fois au cours de ses douze années d'existence, le quatuor a tenté de s'adapter aux lois du marché. Les SOIA sont restés fidèles à leurs principes de départ. Rare sont les groupes de hardcore qui présentent une telle longévité et qui ne font que se bonifier avec le temps, sans rien perdre de leur hargne. Au contraire, les increvables New-Yorkais engrangent les concerts, les kilomètres de route et au lieu de se vider et de s'user sur les scènes du monde entier, ils en sortent de plus en plus solides se nourrissant de l'énergie vitale de leurs fans. Et c'est ce qui en fait un groupe d'exception. Un nouvel album de SOIA est toujours un événement dans le petit monde du hardcore. Des affiches vertes au logo du Dragon placardées aux quatre coins de la Grosse Pomme annoncent le retour des enfants prodiges. "On a eu quelques problèmes avec notre logo. Un groupe de rap, Mobb Deep, se l'était approprié sans savoir que l'on existait. Depuis l'affaire s'est arrangée." Au 11ème étage du 72 Spring Street à Soho, Lou Koller (chant) attend l'arrivée de son frère dans les bureaux de leur management, Nasty Little Man.

Sur les murs, des affiches de couv' de magazines nationaux avec les Foo Fighters, Helmet, les Beastie Boys, autres artistes du service. Pete (guitare) arrive en même temps que les membres d'Helmet, venus visionner leur dernière vidéo. Salutations sincères, les mains se rencontrent, on se félicite mutuellement pour les albums. On papote sur les derniers infos locales. Les frères Koller racontent leur récent concert dans un CBGB tellement bondé que Pete pouvait à peine jouer de sa guitare. Le groupe ne s'y était pas produit depuis 88.

"On aime ces ambiances où tu ne distingues plus le public des musiciens. On a aussi joué il y une semaine dans la cave d'un fan dans le New Jersey.

Le problème avec le CBGB c'est qu'il profite de sa notoriété. Ses dirigeants pensent qu'ils peuvent se permettre de traiter les groupes comme de la merde. " Lou et Page Hamilton comparent ces conditions avec celles dont ils bénéficient en Europe et au Japon. "La première fois que l'on s'est rendu en Europe, on a été surpris par la qualité de l'accueil.

La nourriture était bonne, et les organisateurs nous logeaient dans des hôtels confortables sans rien retirer de nos cachets. Ils ne cherchaient pas qu'à se faire de l'argent. Il y avait une volonté de créer une scène. C'était une surprise pour nous qui étions habitués à l'exploitation des tourneurs américains."

Depuis les SOIA sont retournés dans notre continent pour non moins de sept tournées consécutives. Des centaines de concerts donnés. Un travail de longue haleine. Etape par étape, gravissant les échelons petit à petit, se produisant d'abord dans les squatts, puis les clubs, SOIA est parvenu à conquérir un public fidèle et de plus en plus nombreux. " On a toujours voulu faire les choses à notre rythme. On tient à conserver une relation de proximité avec notre public."[...]

Extrait du magazine "Rage"

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